Les petites reines

Clémentine Beauvais

Sarbacane (Exprim') 2015

"Le feminisme, chère Hakima, c'est l'idée qu'on ne naît pas femme, on le devient. Et que c'est un peu la merde de le devenir dans un monde où les mecs en sont encore à faire des concours de Boudins."

 

Mireille, adolescente un peu ronde et pas particulièrement jolie mais dotée d'un solide sens de l'humour, est couronnée chaque année « Boudin d'or ». Le concours est organisé par Malo, son ami d'enfance. Cette année, elle n'obtient que la troisième place et s'en amuse. Mais lorsqu'elle rencontre Astrid et Hakima, respectivement boudin d'or et boudin d'argent, et constate leur désarroi, elle décide de prendre les choses en main. Elle propose sous forme de plaisanterie de se rendre à Paris  à vélo pour arriver le 14 juillet ce qui permettra à Astrid d'assister au concert d'Indochine, à Hakima de plaider la cause de son frère, militaire blessé en mission et qui attend les résultats d'une commission et à elle-même de rencontrer son père qu'elle n'a jamais vu et qui est mariée à la présidente de la république.

Mais peu à peu, l'idée prend son chemin, les trois adolescentes s’entraînent, projettent de financer leur projet en vendant des boudins et viennent à bout des réticences de leur parents en se faisant accompagner de Kadher, le frère handicapé d'Hakima. Les voilà tous les quatre partis pour Paris. Leur voyage d'abord relayé par la presse locale fait le buzz et passionne la France entière...

 

Mireille est la narratrice, le roman est construit à la première personne. Il y a beaucoup de dialogues. Le roman donne malgré tout des avis différents de celui de Mireille parce qu'il cite des extraits de journaux ou de blog, d'interventions sur les réseaux sociaux..

Le roman aborde plusieurs thèmes sinon tabous, du moins difficiles. Le premier : le harcèlement à l'école avec ce concours qui chaque année sélectionne les « boudins ». Un harcèlement d'autant plus violent qu'il se situe dans le lycée, sur les réseaux sociaux et qu'il est finalement relayé dans la presse locale.

Mais il s'agit aussi d'abandon. Le père d'Astrid est parti quand elle était petite et elle n'en a plus de nouvelle, celui de Mireille ne répond pas à ses courriers. Sans vouloir trop en dévoiler de l'histoire, les pages sur Mireille et son père sont particulièrement émouvantes.

 

Le roman aborde aussi la guerre au XXI° siècle. Et une guerre violente avec une bataille au cours de laquelle tous les participants sont morts à l'exception de Khader qui est depuis handicapé et qui ne vit plus. Mais leur voyage permet à nos héros de dépasser leur difficulté. En chemin, ils arriveront même à pardonner. 

 

Dès les premières pages, on est emporté par l'humour de Mireille. Elle a beaucoup de recul, elle perçoit les choses avec finesse et humanité.

Il y a beaucoup de rythme dans ce roman. On ne s'ennuie pas un instant. Le roman autant dans ses thèmes que dans son traitement est très actuel. Clémentine Beauvais s'amuse à imaginer les réactions des réseaux sociaux, de la population... C'est très réaliste.

Tout au long du roman, on oscille entre rire et larme. C'est un roman touchant qu'on n'oublie pas.

J'ai particulièrement apprécié la fin qui par bien des aspects remets en cause tout ce que les héros croyaient et qui les a poussés sur les routes.

 

Proposé par

Écrire commentaire

Commentaires : 0