Comme des images

Clémentine Beauvais

Sarbacanne, 2014

Le temps qu'on passe à penser à ses amitiés quand on a cet âge-là, c'est effrayant - et d'ailleurs tandis que je regarde le lit d’hôpital blanchâtre, là, maintenant, je me dis qu'on investit tous trop de temps, d'énergie, à entretenir ces relations qui ne sont que des coincidences - pourquoi elle plutôt qu'un autre ? parce qu'elle brille plus, parle mieux, parce que c'était elle, parce que c'était moi, des conneries comme ça - et qui se brisent par terre si facilement.

 Dans un grand lycée parisien, un corps étendu, inerte, au milieu de la cour. Une adolescente le contemple sans bien comprendre puis est autorisé à suivre dans l'ambulance et à l’hôpital en attendant les nouvelles, elle se souvient. Elle se souvient que tout a commencé quand Léopoldine a cassé avec Thimothée pour Aurélien ou en sixième quand elle même a privilégié son amitié avec Léopoldine plutôt qu'avec Iseult sa jumelle...

 

Un roman magistral. Dès les premières lignes, on sait que tout va mal finir et puis la narratrice raconte comment on est arrivé à cette situation. Il y a une multitude de flashbacks, entremêlés d'extraits de devoir, de conservations sur messagerie, de mails... tout cela pourrait être un beau fourre-tout mais c'est au contraire très maîtrisé.

Pendant une grande partie du roman, on ignore qui est la personne étendue dans la cour et la gravité de son état. La tension monte.

La narratrice part sur l'histoire de son amie Léopoldine, ses amours, ses grandes qualités et LA vidéo. Léopoldine semble être le personnage principal de ce roman. Et puis peu à peu, on découvre l'ambiance de ce lycée avec une grande pression autour de la réussite scolaire, la relation entre les deux adolescentes où l'une adore l'autre qui en retour semble presque "utiliser" la première. On voit tout d'abord Léopoldine à travers les yeux de la narratrice puis des autres et tout en est changé.

Notre narratrice est très touchante, elle est attachante, elle parle peu d'elle, elle raconte un peu ses origines plus modestes que la plupart des lycéens, mais si  on sait qu'elle habite dans un autre quartier, elle a une famille, tout tourne autour de l'univers du lycée et surtout de Léopoldine. On ne sait rien de ses parents, de sa chambre...Au point que dans le roman, son prénom n'est jamais évoqué.

Finalement l'histoire de la vidéo qui est présentée comme le sujet du roman n'est que le déclencheur des événements. Il s'agit plutôt de la prise de conscience de la narratrice sur tout son entourage au lycée : les profs très exigeants, les camarades bien souvent jaloux, Léopoldine égocentrique et Yseult qu'elle a toujours laissée de coté. Et finalement celle qu'elle a la plus mis entre parenthèses, c'est elle-même. Au dernier chapitre, elle semble avoir laissé les faux semblants. Mais j'ai eu l'impression qu'elle était à la fois libérée et détruite.

Il y a tant de sujets traités dans ce roman pourtant court ! Amour,amitié, pressions et avenir pour les adolescents, la question des jumeaux, l'image de soi, les relations dans une classe... tout est traité sans tabou, parfois avec violence mais toujours avec justesse.

Voilà un magnifique roman sur l'adolescence incroyablement subtil.

 

Trouver le livre sur le site de la médiathèque de Viry-Chatillon.

Proposé par Virginie

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