Clémentine Beauvais

Les petites filles top-modèles

Clémentine Beauvais, Vivablonde

Monsieur Photoshop, qui en vrai s'appelle David Leblanc, c'est le chef retouche photos. Quand je ne suis pas assez bronzée, il me bronze sur l'ordinateur pour le total look plage. Quand mes ongles ne sont pas tout à fait assez longs, il en copie-colle un bout pour une manucure impec.

Talents hauts, 2010

 Diane est mannequin junior pour une grande marque de vêtements. Elle a du métier et fait toujours exactement ce que l'on attend d'elle. Mais un jour, un énorme bouton déforme son nez alors même qu'un grand nom de la mode souhaite la rencontrer.

Voilà une description du monde de la mode qui est loin de faire rêver ! Diane est considérée comme un objet, un objet qu'on pouponne, qu'on peut vendre... Elle a toujours fait ce qu'on attendait d'elle, posant, souriant à la demande. Mais l'adolescence arrive et son affreux bouton en est la première manifestation. Entre ce fameux bouton, des conversations surprises de ci de là et sans doute le fait qu'elle grandisse, Diane remet en cause cette vie de mannequinat qui n'est pas son rêve mais plutôt celui de ses parents. La solitude de Diane dans sa pseudo vie de rêve, les sacrifices, privations... Tout cela est vraiment bien vu et décrit avec humour.

Un roman à la fois léger et percutant dans lequel ce qui pourrait sembler être un rêve de petite fille se transforme en cauchemar.

Un roman pour réfléchir avec une écriture vive.

Proposé par Virginie

0 commentaires

Comme des images

Clémentine Beauvais

Sarbacanne, 2014

Le temps qu'on passe à penser à ses amitiés quand on a cet âge-là, c'est effrayant - et d'ailleurs tandis que je regarde le lit d’hôpital blanchâtre, là, maintenant, je me dis qu'on investit tous trop de temps, d'énergie, à entretenir ces relations qui ne sont que des coincidences - pourquoi elle plutôt qu'un autre ? parce qu'elle brille plus, parle mieux, parce que c'était elle, parce que c'était moi, des conneries comme ça - et qui se brisent par terre si facilement.

 Dans un grand lycée parisien, un corps étendu, inerte, au milieu de la cour. Une adolescente le contemple sans bien comprendre puis est autorisé à suivre dans l'ambulance et à l’hôpital en attendant les nouvelles, elle se souvient. Elle se souvient que tout a commencé quand Léopoldine a cassé avec Thimothée pour Aurélien ou en sixième quand elle même a privilégié son amitié avec Léopoldine plutôt qu'avec Iseult sa jumelle...

 

Un roman magistral. Dès les premières lignes, on sait que tout va mal finir et puis la narratrice raconte comment on est arrivé à cette situation. Il y a une multitude de flashbacks, entremêlés d'extraits de devoir, de conservations sur messagerie, de mails... tout cela pourrait être un beau fourre-tout mais c'est au contraire très maîtrisé.

Pendant une grande partie du roman, on ignore qui est la personne étendue dans la cour et la gravité de son état. La tension monte.

La narratrice part sur l'histoire de son amie Léopoldine, ses amours, ses grandes qualités et LA vidéo. Léopoldine semble être le personnage principal de ce roman. Et puis peu à peu, on découvre l'ambiance de ce lycée avec une grande pression autour de la réussite scolaire, la relation entre les deux adolescentes où l'une adore l'autre qui en retour semble presque "utiliser" la première. On voit tout d'abord Léopoldine à travers les yeux de la narratrice puis des autres et tout en est changé.

Notre narratrice est très touchante, elle est attachante, elle parle peu d'elle, elle raconte un peu ses origines plus modestes que la plupart des lycéens, mais si  on sait qu'elle habite dans un autre quartier, elle a une famille, tout tourne autour de l'univers du lycée et surtout de Léopoldine. On ne sait rien de ses parents, de sa chambre...Au point que dans le roman, son prénom n'est jamais évoqué.

Finalement l'histoire de la vidéo qui est présentée comme le sujet du roman n'est que le déclencheur des événements. Il s'agit plutôt de la prise de conscience de la narratrice sur tout son entourage au lycée : les profs très exigeants, les camarades bien souvent jaloux, Léopoldine égocentrique et Yseult qu'elle a toujours laissée de coté. Et finalement celle qu'elle a la plus mis entre parenthèses, c'est elle-même. Au dernier chapitre, elle semble avoir laissé les faux semblants. Mais j'ai eu l'impression qu'elle était à la fois libérée et détruite.

Il y a tant de sujets traités dans ce roman pourtant court ! Amour,amitié, pressions et avenir pour les adolescents, la question des jumeaux, l'image de soi, les relations dans une classe... tout est traité sans tabou, parfois avec violence mais toujours avec justesse.

Voilà un magnifique roman sur l'adolescence incroyablement subtil.

 

Trouver le livre sur le site de la médiathèque de Viry-Chatillon.

Proposé par Virginie

0 commentaires

Les petites reines

Clémentine Beauvais

Sarbacane (Exprim') 2015

"Le feminisme, chère Hakima, c'est l'idée qu'on ne naît pas femme, on le devient. Et que c'est un peu la merde de le devenir dans un monde où les mecs en sont encore à faire des concours de Boudins."

 

Mireille, adolescente un peu ronde et pas particulièrement jolie mais dotée d'un solide sens de l'humour, est couronnée chaque année « Boudin d'or ». Le concours est organisé par Malo, son ami d'enfance. Cette année, elle n'obtient que la troisième place et s'en amuse. Mais lorsqu'elle rencontre Astrid et Hakima, respectivement boudin d'or et boudin d'argent, et constate leur désarroi, elle décide de prendre les choses en main. Elle propose sous forme de plaisanterie de se rendre à Paris  à vélo pour arriver le 14 juillet ce qui permettra à Astrid d'assister au concert d'Indochine, à Hakima de plaider la cause de son frère, militaire blessé en mission et qui attend les résultats d'une commission et à elle-même de rencontrer son père qu'elle n'a jamais vu et qui est mariée à la présidente de la république.

Mais peu à peu, l'idée prend son chemin, les trois adolescentes s’entraînent, projettent de financer leur projet en vendant des boudins et viennent à bout des réticences de leur parents en se faisant accompagner de Kadher, le frère handicapé d'Hakima. Les voilà tous les quatre partis pour Paris. Leur voyage d'abord relayé par la presse locale fait le buzz et passionne la France entière...

 

Mireille est la narratrice, le roman est construit à la première personne. Il y a beaucoup de dialogues. Le roman donne malgré tout des avis différents de celui de Mireille parce qu'il cite des extraits de journaux ou de blog, d'interventions sur les réseaux sociaux..

Le roman aborde plusieurs thèmes sinon tabous, du moins difficiles. Le premier : le harcèlement à l'école avec ce concours qui chaque année sélectionne les « boudins ». Un harcèlement d'autant plus violent qu'il se situe dans le lycée, sur les réseaux sociaux et qu'il est finalement relayé dans la presse locale.

Mais il s'agit aussi d'abandon. Le père d'Astrid est parti quand elle était petite et elle n'en a plus de nouvelle, celui de Mireille ne répond pas à ses courriers. Sans vouloir trop en dévoiler de l'histoire, les pages sur Mireille et son père sont particulièrement émouvantes.

 

Le roman aborde aussi la guerre au XXI° siècle. Et une guerre violente avec une bataille au cours de laquelle tous les participants sont morts à l'exception de Khader qui est depuis handicapé et qui ne vit plus. Mais leur voyage permet à nos héros de dépasser leur difficulté. En chemin, ils arriveront même à pardonner. 

 

Dès les premières pages, on est emporté par l'humour de Mireille. Elle a beaucoup de recul, elle perçoit les choses avec finesse et humanité.

Il y a beaucoup de rythme dans ce roman. On ne s'ennuie pas un instant. Le roman autant dans ses thèmes que dans son traitement est très actuel. Clémentine Beauvais s'amuse à imaginer les réactions des réseaux sociaux, de la population... C'est très réaliste.

Tout au long du roman, on oscille entre rire et larme. C'est un roman touchant qu'on n'oublie pas.

J'ai particulièrement apprécié la fin qui par bien des aspects remets en cause tout ce que les héros croyaient et qui les a poussés sur les routes.

 

Proposé par

0 commentaires

La louve

Clémentine Beauvais, Antoine Déprez

Alice (Histoires comme ça)

Villageois,

L'hiver est rude. Comme d'habitude, vous avez pêché tous les poissons et chassé tous les lapin, les sangliers et les biches, laissant ma meute mourir de faim.

Mais, cette année, vous êtes allés trop loin. Vous avez capturé ma fille unique. J'exige que vous me la rendiez.

Un homme a tué un louveteau pour faire un manteau à sa fille. Mais ce petit loup était la fille de la sorcière Louve. Cette dernière a lancé un sortilège : si dans trois jours, on ne lui rend pas son enfant alors Lucie, la fille du chasseur mourra.
Au village, personne ne sait quoi faire. Mais Roman, aidée de ses deux amis est bien décidée à sauver son Lucy. Elle a une idée : revêtir la peau du louveteau et duper la louve. Pas si facile de tromper une mère et Romane va travailler dur pour peu à peu se rapprocher du loup.


Les illustrations sont superbes dans cet album. On oscille entre les couleurs chaudes de l'intérieur des maisons, du printemps, de la fourrure de la louve et les couleurs froides de l'hiver et de l'orphelinat. Des pages crayonnées font avancer l'histoire plus vite tandis que d'autres en double page sans texte semblent prendre leur temps.
Romane, petite orpheline semble souvent perdue dans des salles ou des paysages immenses. Ce sont les illustrations qui nous font prendre conscience de sa transformation tandis que le texte semble minimiser ces changements.
C'est un album long mais avec beaucoup de dialogues ce qui rend la lecture plus vivante.
L'histoire est très jolie, troublante.

L'album rencontre un vif succès auprès des enfants beaucoup plus que ce à quoi je m'attendais.

0 commentaires